la boite amerveille

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 la boite amerveille

         

yassine boutaleb






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 : 11/11/2016

: la boite amerveille     27, 2016 3:39 am

[size=39]La Bote Merveilles (chapitre 6)[/size]
Abdelhaq8 Avril 20101
VI



On accdait la salle d'cole par quatre marches. LeMsid,longue pice quelque peu rustique, comportait une vaste soupente. Le matre installa l-haut deux jarres en poterie vernisse, pour recueillir l'huile d'olive que les lves apportaient par bouteilles et par bols. Les grands en avaient la responsabilit.
Pour l'achat des nattes neuves, chacun y contribua selon ses moyens. Le pre d'un lve exerait le mtier de chaufournier. Il fit don l'cole d'une charge d'ne de chaux. Le lundi, huit jours avant la fte de la Achoura, les vieilles nattes furent remises dans la soupente. Le matre forma des quipes et en nomma les chefs. On emprunta des seaux et des balayettes dedoum.
Le travail commena. Dans un vacarme d'injures, d'exclamations, de pleurs et d'clats de rire, quelques-uns s'emparrent des ttes de loup, hautement perches sur des roseaux, s'escrimrent longtemps afin de nettoyer le plafond et les murs de leurs toiles d'araignes.
Deux seaux normes de lait de chaux furent prpars. Une dizaine d'lves, arms de balayettes, entreprirent de badigeonner les murs.
Ils maniaient hardiment leurs balais, claboussaient au passage des enfants qui piaillaient. Ils recevaient dans les yeux la chaux vive, se mettaienthurler, abandonnant leur besogne. D'autres les remplaaient, pleins d'ardeur. Des disputes clataient. Tout le monde criait la fois. Parfois, au-dessus de cette mare, grondait la voix du matre. Le bruit cessait une seconde, puis reprenait, plus exaspr, plus aigu.
Je russism'emparer d'une balayette, je la plongeai dans le lait de chaux et, tout heureux, je fonai sur le mur pour montrertoutes ces larves comment on badigeonnait srieusement. Je me heurtaiun rempart de bras roses, de bouches ouvertes, d'yeux exorbits de fureur.
Des mains s'agripprentma balayette. Je rsistai de toutes mes forces, mais la lutte s'avrait ingale. Je lchai le prcieux instrument et me trouvai assis dans une flaque d'eau qui me gelait le derrire. Je ne songeai pas pleurer, je me relevai, dcidreprendre mon bien. Je me jetai dans la mle, mais la voix du matre domina le tumulte.
Nous nous arrtmes, frmissants de colre. Etendant nos bras et nos mains, les doigts carts, nous nous mmes tous expliquer lobjet du malentendu; nous demandions tous justice; la voix de chacun de nous essayait de dominer celle des autres.
Le matre nous imposa silence, nous releva de nos fonctions et voyant nos mines dpites, nous conseilla d'attendre qu'il et besoin de nous. Nous attendmes dans un coin. Lefqihdcrta que, seuls, les grands taient admispasser les murs au lait de chaux. Nous attendmes jusqu'au soir que le matre nous charget de rendre le moindre service. Il n'en fut rien!
Les murs taient blanchis. Le lendemain, des quipes furent de nouveau constitues, chaque groupe avait sa spcialit. Je devins un personnage important. Je fus nomm chef des frotteurs. On procda au lavage du sol. Une vingtaine d'lves, chargs d'normes seaux, faisait la corve d'eau. Ils allaient la chercherla fontaine d'unezaouasitue cinquante pas de notre cole.
Le sol fut inond. Je pris trs au srieux mon travail et, pour donner l'exemple, je maniai avec nergie ma balayette. J'en avais mal aux reins. De temps autre, je me redressais tout rouge. Les muscles des bras me faisaient mal. Au repos, je les sentais trembler. Dans l'eau jusqu'aux chevilles, pieds nus, bouscul par celui-ci, insult par celui-l, j'tais heureux! Adieu les leons, les rcitations collectives, les planchettes rigides, rbarbatives, inhumaines! Frottons le sol en terre battue, incrust de poussire et de crasse, orn d'normes toiles de chaux, qui rsistaient notre brossage nergique.
- Ae! Tu m'as donn un coup de coude dans l'il.
- Fais attention! Tu m'as mouill jusqu' la ceinture.
- Regarde Driss, il est tomb dans le seau.
- Ha ! Ha! Il va se noyer ! Il va se noyer!
- Frottez paresseux.
- Paresseux toi-mme, notre coin est plus propre que le tien.
Avec des chiffons de jute, nous essuymes partout.
Le soir, je revins la maison mort de fatigue, mais trs fier de ma journe.
Devant mes parents je me vantai de mes multiples exploits.
Je russisles convaincre que sans moi aucun rsultat srieux n'aurait t obtenu. Mon pre me flicita. Il ditma mre que je devenais vraiment un homme. Je me mis au lit.
Pendant mon sommeil, il m'arriva de me mettre sur mon sant, de hurler des ordres, de distribuer des injures. Ma mre me recouchait avec des gestes tendres, des phrases affectueuses.
Le matin, je me prparai pour partirl'cole, ma mre m'en empcha. Elle m'expliqua qu'elle avait besoin de moi pour l'accompagner laKissaria, le march des tissus. Il tait temps de songermes habits de fte. J'applaudis avec enthousiasme.
- Est-ce que j'aurai une chemise neuve?
- Tu auras une chemise neuve.
- Est-ce que je porterai un gilet avec des soutaches?
- Tu porteras un gilet avec des soutaches.
- Est-ce que je mettrai madjellabablanche que tu as range dans le coffre?
- Tu porteras tadjellabablanche, des babouches neuves que te fabrique Moulay Larbi, le mari de Lalla Aicha et une belle sacoche brode.
Je me dressai de toute ma taille, je bombai le torse; j'esquissai mme quelques pas d'une danse barbare. Je ne me livraisde telles excentricits que dans des circonstances exceptionnelles. J'allais mme pousser un ou deux hululements quand ma mre me rappelaplus de dignit.
Fatma Bziouya riaitgorge dploye. Son rire ne me choquait pas. Ce matin, je me sentais capable de bont, d'indulgence, j'tais d'une gnrosit sans bornes. Je pardonnaisZineb, dans mon for intrieur, toutes les misres qu'elle m'avait fait subir; je pardonnaisson chat qui tait revenu aprs s'tre dbarrass de son collier, ma belle chane d'or, je pardonnais aux mardis d'tre des jours trop longs,la baguette de cognassier de mordre si souvent la chair fragile de mes oreilles, je pardonnais aux jours de lessive d'tre particulirement froids et tristes, je pardonnais tout au monde ou du moinsce que je connaissais du monde.
Je laissai ma mre vaquer ses multiples besognes avant de se prparer pour sortir et je montai sur la terrasse o personne ne pouvait me voir parpiller aux quatre vents l'excs de joie dont je me sentais dborder. Je courais, je chantais, je battais violemment les murs avec une baguette trouve l par le plus heureux des hasards. La baguette devenait un sabre. Je la maniais avec adresse. Je pourfendais des ennemis invisibles, je coupais la tte aux pachas, aux prvts des marchands etleurs sbires. La baguette devenait cheval et je paradais, tortillant du derrire, lanant des ruades. J'tais le cavalier courageux, vtu d'unedjellabaimmacule et d'un giletsoutaches. Ma sacoche brode me tirait l'paule tant ma provision de cartouches pesait lourd. Je lchai ma baguette, je dgringolai l'escalier pour rpondrel'appel de ma mre.
Quand je l'avais entendue, elle me traitait dj de juif, de chien galeux et de bien d'autres noms peu flatteurs. Cela ne devait pas tre son premier appel. Elle avait d, comme toujours, m'appter par des mots gentils, des phrases du genre:
- Est-ce que mon chrif a assez jou ?
- Mon chrif ne veut-il pas rpondre sa maman ?
- Descends vite, mon chrif!
- Qu'attends-tu pour descendre, tte de mule?
- Tu ne m'entends pas, ne face de goudron?
- Que t'arrive-t-il, chien galeux?
- Attends que je monte te chercher, juif sans dignit!
    
 

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